Chaque langue a ses particularités, mais les anglophones ont un talent particulier pour transformer un prénom tout à fait charmant en quelque chose d’inconnaissable et de peu flatteur. Certes, certains de ces surnoms remontent à des habitudes de rimes vieilles de plusieurs siècles (Margaret devenant Peggy, par exemple), mais d’autres semblent sortir de nulle part. Et puis, qui a envie d’être appelé Sea Bass ou Scar quand on s’appelle Sebastian et Scarlett ? Si vous en avez assez de ces terribles conventions en matière de surnoms (ou si vous n’aimez tout simplement pas le vôtre), voici 20 surnoms insolites qui vous laisseront perplexes.
1. Richard : Dick
Richard est un prénom fort et classique, dont les origines remontent au vieil allemand, et qui s’est vu attribuer, on ne sait trop comment, le surnom de « Dick ». Les historiens font remonter cette évolution aux tendances médiévales en matière de rimes, où « Rick » s’est transformé en « Dick », de la même manière que « Bob » est dérivé de « Robert ». C’est l’une de ces transformations qui laissent perplexe, car il n’y a aucun chevauchement de lettres ni aucune logique phonétique reliant les deux prénoms.
2. William : Bill
William est un prénom qui, depuis des générations, est apprécié tant par la royauté que par le grand public, mais son surnom le plus courant n’a pratiquement rien à voir avec lui. Le surnom « Bill » trouve son origine dans cette même habitude médiévale consistant à intervertir les consonnes, qui a donné « Dick » à partir de « Richard » ; ainsi, « Will » s’est transformé en « Bill » par rime plutôt que par logique. Ce surnom est tellement ancré dans les mœurs que de nombreuses personnes prénommées Bill ne se font même jamais appeler William dans les situations officielles.
3. Margaret : Peggy
Margaret a connu l’une des évolutions de surnom les plus sinueuses qui soient, passant de Margaret à Mag, puis à Maggie, puis à Meg, puis à Meggie, pour finalement aboutir à Peggy. Toute cette succession s’explique par d’anciennes traditions anglaises en matière de surnoms rimés, où l’on remplaçait la première lettre d’un prénom pour créer une forme familière entièrement nouvelle. Une fois arrivé à Peggy, il serait difficile de faire le lien avec Margaret sans connaître toute l’histoire.
4. Joséphine : Josie
Joséphine est un prénom d’origine française dont la structure élégante et multisyllabique lui confère à elle seule beaucoup de personnalité. Josie reprend cette élégance et la condense en une forme plus courte et plus décontractée, en supprimant purement et simplement la seconde partie du prénom. C’est un surnom qui convient bien à un usage quotidien, même s’il perd une partie du charme solennel que Joséphine dégage dans sa forme complète.
5. Henry/Henrik : Hank
Henry et son cousin scandinave Henrik ont tous deux une certaine prestance royale, compte tenu du nombre de rois qui ont porté ce prénom au cours de l’histoire. Hank semble quant à lui s’éloigner complètement de cette tradition ; il provient en réalité des modèles de surnoms néerlandais et anglais, où Henrik a été raccourci en Henk, qui a ensuite évolué vers Hank une fois adopté dans l’usage américain. Le résultat est un surnom qui évoque davantage un ouvrier agricole robuste que quoi que ce soit lié à la royauté européenne.
6. Philip : Pip
Philip est un prénom d’origine grecque qui signifie « celui qui aime les chevaux », ce qui rend son surnom d’autant plus surprenant en comparaison. « Pip » est apparu comme une abréviation ludique, sans doute influencée par la façon dont les enfants réduisent souvent les prénoms à des sons simples et répétitifs, faciles à prononcer. C’est un surnom qui évoque davantage un personnage de roman victorien qu’un clin d’œil moderne à un prénom classique, ce qui est d’ailleurs tout à fait logique puisque c’est exactement le cas de Pip dans Les Grandes Espérances de Charles Dickens.
7. Charles : Chuck
Le prénom Charles a été porté aussi bien par des rois et des présidents que par des gens ordinaires, ce qui lui confère une certaine solennité que son surnom ne reflète pas tout à fait. Le surnom « Chuck » est issu de la même tradition médiévale de rimes qui a donné aux anglophones les prénoms « Dick » et « Bill » ; « Chuck » s’est développé comme une variante plutôt que comme un raccourcissement phonétique direct. C’est un surnom qui remplace toute cette solennité par quelque chose de bien plus décontracté, et il est ancré dans l’anglais américain depuis des siècles désormais.
8. Robert : Bob
Robert a donné aux anglophones toute une série de surnoms, parmi lesquels Rob, Robby et Bobby, mais c’est Bob qui s’est le plus imposé. Ce surnom a suivi le même principe de rime que celui en vigueur il y a plusieurs siècles, où Rob est devenu Bob simplement parce que cela sonnait bien et était facile à prononcer. Aujourd’hui, on rencontre de nombreux adultes qui se présentent comme Bob sans y réfléchir à deux fois, même si ce prénom n’a aucune lettre en commun avec le début de Robert.
9. Archibald : Baldy
Archibald est un prénom chargé d’héritage écossais et d’un charme d’antan indéniable ; on a donc l’impression d’une occasion manquée que son surnom ne soit pas « Archie ». Au lieu de cela, certaines variantes de ce prénom sont raccourcies en « Baldy », un surnom qui met l’accent sur la fin du prénom plutôt que sur la première partie, pourtant plus évidente. C’est un choix étrange quand on sait à quel point « Archie » roule si bien sur la langue, et on ne peut s’empêcher de se demander qui a décidé que « Baldy » était la meilleure option.
10. Sébastien : le bar
Sébastien est un prénom d’origine latine qui dégage une élégance presque musicale, ce qui fait de son surnom moderne une sorte de rebondissement inattendu. « Sea Bass » (bar) est apparu comme un jeu de mots ludique lié à la gastronomie plutôt que comme une abréviation traditionnelle ; il a probablement été popularisé par des références à la culture pop qui jouaient sur cette blague. C’est un surnom qui troque la sophistication contre l’humour, et une fois qu’on l’a entendu, on ne peut plus s’empêcher d’y voir le lien avec le poisson.
11. Samantha : Sam
Samantha est un prénom au rythme doux et fluide, mais son surnom le dépouille de tout cela au profit d’une forme courte et directe. « Sam » est une abréviation simple, qui ne conserve que la première syllabe et laisse complètement de côté le reste. C’est efficace, certes, mais cela signifie aussi que ce surnom pourrait tout aussi bien s’appliquer à quelqu’un qui s’appelle Samuel, ce qui enlève un peu de l’individualité de Samantha.
12. Dorothy : Dolly
Dorothy est un prénom qui signifie « don de Dieu », tout comme Théodore, et il revêt une grande importance culturelle grâce à des personnages tels que Dorothy Gale dans Le Magicien d’Oz. Dolly est apparu comme une alternative ludique, reprenant la sonorité du prénom tout en l’adoucissant pour en faire davantage un terme affectueux qu’un simple surnom. C’est une transformation qui mise fortement sur le charme, même si le lien entre Dorothy et Dolly n’est pas évident au premier abord.
13. Andrew/Andrea : Andy
Andrew et Andrea se situent aux antipodes des conventions traditionnelles en matière de prénoms, mais ils se retrouvent tous deux avec le même surnom, sans grande distinction. « Andy » est une simple abréviation de la première syllabe, utilisée depuis des générations pour les deux sexes sans grande variation. Ce chevauchement fait qu’il n’est pas toujours possible de déterminer, à partir du seul surnom, si l’on vous présente un Andrew ou une Andrea, ce qui ajoute une couche d’ambiguïté que la plupart des surnoms ne comportent pas.
14. Scarlett : Scar
Scarlett est un prénom audacieux et éclatant qui évoque des couleurs intenses et un côté théâtral ; son surnom semble donc un peu incongru en comparaison. « Scar » reprend la première partie du prénom et s’en tient là, créant ainsi un mot qui ressemble davantage à la description d’une blessure qu’à un terme affectueux. C’est un surnom qui sacrifie la douceur de Scarlett au profit d’une sonorité un peu plus rude et plus saccadée.
15. Théodore : Ted/Teddy
Théodore est un prénom qui signifie « don de Dieu » en grec, ce qui lui confère une certaine importance et une signification que son surnom ne transmet pas forcément. Teddy est né du même principe qui a conduit à raccourcir Edward en Ted, en ajoutant une terminaison diminutive qui rend le nom plus chaleureux et plus familier. C’est un surnom désormais si étroitement associé aux ours en peluche qu’on en oublie facilement qu’il s’agissait à l’origine d’une version abrégée d’un prénom bien plus formel. Si vous avez de la chance (ou de la malchance, selon le point de vue), on vous appellera peut-être plutôt Theo.
16. Christine/Christy : Chris
Christine et sa forme abrégée, Christy, débouchent toutes deux sur le même surnom, et (hum, je parle d’expérience) ce n’est pas toujours une transformation bienvenue. Chris reprend la première syllabe et s’en empare, créant ainsi un prénom qui pourrait tout aussi bien appartenir à un Christopher qu’à une Christine. Cela aplatit le rythme caractéristique de Christine ou Christy pour en faire quelque chose de plus générique, et si vous vous êtes déjà fait appeler Chris alors que vous auriez préféré conserver votre prénom complet, vous savez exactement ce que cela fait.
17. Eugène : Gene
« Gene » a du sens d’un point de vue phonétique, mais si l’on enlève les deux premières lettres, on obtient un mot étroitement lié à la biologie. Si vous êtes passionné de sciences, cela ne vous dérangera peut-être pas trop, mais sinon, cela risque de vous agacer. Vous risquez également d’être la cible de nombreuses blagues jouant sur la similitude entre « jean » et « Gene »…
18. Elizabeth : Betty
Elizabeth est un prénom chargé d’une longue histoire royale, porté par des reines depuis des siècles ; pourtant, l’un de ses surnoms s’éloigne radicalement de toute connotation royale. Le surnom « Betty » s’est développé selon la même chaîne de surnoms rimés qui a donné à Margaret ses nombreuses variantes, passant d’Elizabeth à Eliza puis à Liza, pour aboutir finalement à Betty par association phonétique. C’est un surnom qui semble n’avoir aucun lien avec son prénom d’origine, surtout quand on considère le nombre de syllabes qui séparent les deux.
19. Gérald : Jerry
Gerald est un prénom d’origine germanique qui signifie « le pouvoir de la lance », ce qui lui confère une connotation forte et historique que son surnom ne reflète pas tout à fait. Jerry est apparu comme une abréviation informelle qui a remplacé les consonnes plus dures par des sons plus faciles à prononcer dans la conversation de tous les jours. C’est un surnom si courant qu’il est devenu un prénom à part entière, si bien que de nombreux Gerald passent toute leur vie sans que personne ne devine leur prénom complet.
20. Ignatius : Iggy
Ignatius est un prénom solennel, original et plein de caractère, tandis qu’Iggy a une consonance bien plus enjouée. Ce surnom n’est pas inapproprié dans tous les contextes, mais il risque d’évoquer un personnage de dessin animé, un animal de compagnie ou un musicien de rock avant que l’on imagine un adulte sérieux. Ceux qui apprécient la grandeur d’Ignatius pourraient trouver qu’Iggy lui enlève un peu trop de sa prestance.