Dans toute relation, il y a un moment précis où un surnom franchit une ligne invisible. Au début, il est charmant, voire attachant, puis un jour, il ne passe plus du tout. On ne sait pas toujours pourquoi. Le mot n’a pas changé, mais quelque chose dans la façon dont il est prononcé vous fait vous sentir plus petit qu’il y a une seconde. Certains surnoms comportent ce risque intrinsèque : ils sont suffisamment mignons pour paraître inoffensifs jusqu’à ce que le rapport de force bascule et que, soudain, vous soyez le seul à être appelé par un terme affectueux. Voici 20 surnoms qui frôlent cette limite plus que les gens ne le pensent généralement.
1. Chérie
« Chéri(e) » fait partie de ces mots qui peuvent sembler sincèrement chaleureux quand ils sont prononcés par un grand-parent, mais qui prennent une connotation discrètement dédaigneuse lorsqu’ils sont utilisés par un collègue. Dès qu’une personne s’en sert pour adoucir une critique ou vous dissuader d’exprimer une préoccupation légitime, ce terme cesse d’être un terme affectueux. C’est un surnom condescendant que la plupart des gens ne reconnaissent comme tel que lorsqu’il est trop tard.
2. Hun
C’est un diminutif de « chérie », mais qui semble, d’une certaine manière, plus présomptueux que l’original. Le terme « hun » est utilisé par des inconnus, des conseillers du service client et des ex qui veulent donner l’impression de ne pas s’en soucier, et dans ces trois cas, il s’agit moins d’une marque d’affection que d’une façon de ne pas vous prendre au sérieux. C’est justement ce côté désinvolte qui pose problème.
3. Petit
Cette expression est presque toujours prononcée avec chaleur, ce qui rend plus difficile d’y répondre. Mais appeler quelqu’un « mon petit », surtout un adulte, vous place dans le rôle de la personne sage et avisée, tandis que l’autre apparaît comme quelqu’un qui a encore beaucoup à apprendre. Même lorsque c’est dit avec une affection sincère, cela implique une hiérarchie qui ne passe pas toujours bien.
4. Petite fille
Dans le bon contexte, entre les bonnes personnes, cette expression fonctionne très bien. Mais elle a tendance à surgir dans des situations où elle n’a vraiment pas sa place, par exemple dans la bouche d’un homme qui ne vous connaît pas assez bien pour l’utiliser, ou de quelqu’un qui cherche à détourner une conversation sérieuse vers un sujet plus léger. Une fois qu’on y prête attention, son caractère infantilisant n’est pas difficile à percevoir.
5. Kiddo
« Kiddo », c’est le surnom que les gens t’attribuent lorsqu’ils veulent se donner un air de mentor sans pour autant s’investir réellement dans ce rôle. À première vue, ce terme semble affectueux, mais il sous-entend clairement que ton point de vue est moins mûr, moins valable et qu’il ne mérite pas qu’on s’y intéresse pleinement. On appelle rarement quelqu’un « kiddo » pour ensuite lui demander immédiatement son avis sur un sujet important.
6. Cher/Chère
À l’écrit, « dear » est un terme formel. En face à face, il peut prendre une connotation presque compatissante, surtout quand quelqu’un l’utilise juste avant de vous annoncer quelque chose dont il pense manifestement que vous ne pourrez pas vous accommoder. « Oh, dear » est un rejet émotionnel pur et simple déguisé en préoccupation. Même « yes, dear » a depuis longtemps le sens contraire de ce qu’il exprime littéralement.
7. Chérie
Utiliser « babe » entre partenaires qui en ont convenu ensemble ne pose aucun problème. En revanche, quand quelqu’un avec qui tu viens tout juste de commencer à sortir te traite ainsi, avant même que vous ayez établi une véritable complicité, cela peut paraître présomptueux. Et lorsqu’une personne t’appelle « babe » dans un contexte professionnel ou quasi-professionnel, c’est presque toujours une façon d’atténuer le fait qu’elle ne te traite pas d’égal à égal.
8. Princesse
Cette expression est souvent utilisée à la fois comme un compliment et comme une pique. Appeler quelqu’un « princesse » peut signifier qu’on l’adore, mais aussi qu’on lui reproche d’être exigeante et déconnectée de la réalité. C’est justement cette ambiguïté qui fait tout l’intérêt de l’expression. Elle permet à celui qui l’utilise de se dédouaner facilement si vous vous y opposez.
9. Sport
« Sport », c’est le surnom qu’un parent éloigné utilise quand il ne se souvient pas de ton vrai nom mais qu’il veut quand même paraître sympathique. C’est aussi le surnom que les entraîneurs donnent aux joueurs dont ils pensent qu’ils ne feront pas l’affaire. Il y a quelque chose de fondamentalement peu sérieux là-dedans, ce qui passe bien quand on a huit ans, mais pas vraiment quand on en a trente-deux.
10. La citrouille
« Pumpkin » est un surnom presque exclusivement utilisé entre parents et enfants, ce qui signifie que lorsqu’un adulte l’utilise avec un autre adulte, cela passe presque toujours pour une forme d’infantilisation. C’est justement son caractère doux qui trahit cette intention. Les mots qui adoucissent toute aspérité ont tendance à laisser entendre que la personne qui les prononce ne s’attend pas vraiment à ce que vous soyez capable de gérer quoi que ce soit de tranchant.
11. Poupée
Le terme « poupée » possède un charme rétro auquel on a tendance à recourir sans trop réfléchir à ce qu’il sous-entend. Les poupées sont jolies, passives et ne sont pas réputées pour avoir des opinions. Quand quelqu’un vous traite de « poupée » au beau milieu d’une dispute ou juste après avoir balayé d’un revers de main ce que vous venez de dire, ce mot remplit une fonction bien précise qui n’a rien à voir avec la flatterie.
12. Agneau
Le surnom « Lamb » évoque l’innocence, au point de pouvoir parfois laisser entendre une certaine naïveté. C’est un surnom affectueux qui positionne celui qui l’utilise comme le plus avisé des deux, celui qui sait comment les choses fonctionnent réellement. Cela peut passer dans une dynamique très spécifique, mais s’avère assez agaçant dans la plupart des autres cas.
13. Soleil
L’expression « sunshine » semble purement positive, et elle l’est la plupart du temps. Mais elle est aussi utilisée pour gérer les personnes contrariées, afin de les encourager à se remonter le moral plutôt que de s’intéresser aux raisons de leur frustration. « Calme-toi, sunshine » n’est pas une parole de réconfort. C’est une manière détournée de détourner l’attention, déguisée en réconfort.
14. Champ
« Champ », c’est comme ça qu’on appelle un gamin qui n’a pas gagné. C’est en gros l’origine de ce mot en tant que surnom, et cette connotation condescendante ne l’a jamais tout à fait quitté. Les adultes qui l’utilisent ont tendance à le faire dans des situations où ils veulent reconnaître l’effort sans reconnaître les résultats, ce qui est une façon très particulière de ne pas prendre quelqu’un au sérieux.
15. Lovey
Le terme « Lovey » revêt un caractère profondément personnel lorsqu’il est réciproque, mais peut s’avérer légèrement déconcertant lorsqu’il ne l’est pas. Il sous-entend une proximité qui n’existe peut-être pas, et lorsqu’une personne l’utilise avec désinvolture à l’égard de personnes qu’elle connaît à peine, cela crée un faux sentiment d’intimité qui tend à profiter à celui ou celle qui l’utilise. Cela aplatit la relation au lieu de l’approfondir.
16. Tigre
Le surnom « Tiger » est censé être encourageant, une façon de dire à quelqu’un qu’il a de la combativité en lui. Mais il pose le même problème que « champ » : on l’utilise le plus souvent pour des personnes qui ont besoin d’être motivées, et non pour celles qui sont déjà prises au sérieux. On n’appelle pas « Tiger » quelqu’un qui est notre égal. On appelle son enfant « Tiger » juste avant son match de foot.
17. Chéri(e)
Le terme « darling » a une histoire longue et complexe, et c’est surtout le contexte qui en détermine la portée. Entre amis proches, il est perçu comme chaleureux et théâtral. Venant d’un supérieur hiérarchique, d’un médecin ou de toute personne exerçant une autorité institutionnelle sur vous, il vire presque toujours à la condescendance. Son caractère formel rend cette dépréciation plus raffinée, et non moins réelle.
18. Bouton
L’expression complète est « mignon comme un bouton », ce qui sous-entend que l’on est petit et décoratif. Utilisé seul, le surnom « Bouton » ne déroge pas à cette règle. Il est mignon pour un tout-petit, mais pour une personne plus âgée, il tend à suggérer que celui qui l’utilise la considère comme un objet de charme plutôt que comme quelqu’un avec qui interagir.
19. Pêches
« Peaches » est un surnom doux, mûr et sans aucune aspérité, ce qui est plus ou moins le but recherché. C’est un surnom qui adoucit les gens, les fait paraître agréables, faciles à vivre et peu exigeants. Lorsqu’on appelle « Peaches » quelqu’un qui se montre en réalité exigeant, ce surnom sert à lui suggérer gentiment qu’il devrait être différent.
20. Buddy
Le terme « buddy » semble amical et indiquer une relation d’égal à égal, jusqu’à ce qu’on prête attention au contexte dans lequel il est réellement utilisé. Les patrons appellent leurs employés « buddy ». Les adultes appellent les enfants « buddy ». Les gens appellent des inconnus « buddy » juste avant de leur dire de se tenir à l’écart. Ce terme a une longue seconde vie en tant que moyen de se montrer cordial tout en affirmant que c’est soi qui fixe les règles de l’interaction.