Il existe une forme particulière d’épuisement qui ne vient pas du fait d’être attaquée, mais de devoir sourire face à une situation qui ne nous met pas à l’aise. C’est ce rire que l’on laisse échapper par réflexe, celui qui relève davantage de la survie sociale que d’un amusement sincère, celui que l’on fait parce que l’alternative serait d’être qualifiée de sensible, de difficile ou d’incapable d’encaisser une blague. La plupart des femmes savent exactement à quoi ressemble ce rire et ce qu’elles ressentent en le produisant. C’est une petite mise en scène, et cela se produit sans cesse. Voici 20 choses que les femmes en ont vraiment marre de prendre à la légère.
1. « T'es plutôt drôle pour une fille »
Le compliment est clairement présent dans la phrase, et c’est exactement ainsi qu’il est censé fonctionner. Tu es censé te sentir suffisamment flatté pour ne pas remarquer la nuance. Mais cette nuance, c’est justement l’essentiel. Elle s’inscrit dans une échelle d’évaluation qui n’a jamais été annoncée et part du principe que, par défaut, ce n’est pas toi qui es drôle.
2. Blagues sur les femmes au volant
Cette histoire circule depuis l’invention de l’automobile et n’a jamais, pas une seule fois, reflété les statistiques réelles d’accidents. On la raconte en présence d’un public mixte, en espérant que les femmes lèveront les yeux au ciel avec bonhomie plutôt que de faire remarquer que ce n’est tout simplement pas vrai. Le fait de lever les yeux au ciel, c’est le rire. Les deux sont épuisants.
3. Se faire couper la parole, puis être remercié par la suite
Ce n’est pas toujours accompagné d’une blague, mais il y a souvent une certaine légèreté dans la remarque, un « ah, c’est donc ça qu’elle voulait dire ! » qui vise à arrondir les angles. Or, cette volonté d’arrondir les angles pose un problème en soi. Reconnaître le mérite de quelqu’un avec dix minutes de retard, en glissant un petit rire, ce n’est pas la même chose que d’avoir été écouté.
4. « Tu dois sûrement avoir tes règles »
Cette expression sert à balayer d’un revers de main la colère, la frustration, une opinion tranchée ou, en réalité, toute émotion qui dérange la personne à qui elle s’adresse. Cela sous-entend que ce sentiment n’est ni réel ni fondé, mais simplement d’origine hormonale. On attend de la personne qu’elle en rigole. S’y opposer est considéré comme une confirmation de l’accusation initiale.
5. Les commentaires non sollicités sur leur corps
Ces remarques viennent de partout : des proches à table, des inconnus à la salle de sport, des collègues qui les présentent comme des marques d’attention. Parfois, elles sont accompagnées d’un rire et d’un « je plaisante » ajouté à la fin, ce qui rend plus difficile d’y répondre directement. Ce « je plaisante » joue un rôle important pour s’assurer que personne n’ait à rendre de comptes sur ce qui vient d’être dit.
6. Se faire traiter de « autoritaire »
Ce mot-là est rarement prononcé avec une réelle malveillance, ce qui explique en partie pourquoi il persiste. Il est lancé comme une simple remarque, presque en passant, et le temps que l’on trouve une réponse, la conversation est déjà passée à autre chose. Il est plus facile d’en rire que de revenir sur un moment que tout le monde a déjà oublié.
7. « Tu serais plus beau si tu souriais »
Ce sont des inconnus qui disent cela. Parfois, ce sont même des personnes qui devraient pourtant mieux savoir qui le disent. Cela réduit le visage d’une femme à un simple objet destiné à rassurer les autres et laisse entendre qu’elle n’y parvient pas dans son état naturel, au repos. Cette remarque est souvent formulée sur un ton enjoué et bienveillant, comme s’il s’agissait d’une faveur. Ce cadre rend difficile toute réplique sans passer pour une ingrate.
8. Les questions visant à savoir s'ils sont « sûrs »
On l’entend dans les restaurants, les quincailleries, les cabinets médicaux ou encore lors des réunions de conseil d’administration. Cette question laisse entendre que la réponse donnée n’était pas tout à fait assez crédible pour être prise pour argent comptant. Elle est généralement formulée sur un ton amical, ce qui contribue justement à lui donner un effet si étrange. Le doute est soigneusement dissimulé.
9. Les explications condescendantes d'hommes qui en savent moins
Cela peut arriver en plein milieu d’une phrase, avant même que le message ne soit bien passé. Quelqu’un intervient pour clarifier quelque chose que vous comprenez déjà, dans un domaine que vous maîtrisez mieux que lui, et la norme sociale veut que vous l’acceptiez avec courtoisie. Montrer visiblement votre agacement rend la situation gênante. En rire permet à tout le monde de continuer à se sentir à l’aise, sauf vous.
10. Qu'on leur demande s'ils vont « vraiment » manger ça
Les remarques sur l’alimentation qui s’adressent aux femmes donnent l’impression d’être neutres, comme s’il s’agissait simplement d’une conversation. Ce n’est pas le cas. Elles véhiculent tout un ensemble de préjugés sur ce qu’une femme devrait manger, désirer, commander ou s’autoriser, et le fait de les formuler sur un ton léger ne change en rien ce qu’elles recèlent. Ce ton léger est un mécanisme, et non un facteur atténuant.
11. « Tu es tellement émotif »
Cette expression est utilisée en réponse à une frustration légitime ou à une position clairement argumentée, exprimée avec la moindre émotion. Dans ce contexte, le terme « émotionnel » signifie qu’il n’est pas nécessaire de prendre en compte votre argument. Il s’agit d’une manœuvre de catégorisation, et non d’un contre-argument. Et le fait de s’y opposer est souvent présenté comme la preuve que vous vous laissez effectivement emporter par vos émotions.
12. Blagues sur le fait que les femmes ne comprennent rien au sport
Certaines des femmes les plus calées en sport sont justement des femmes. Certaines travaillent dans le milieu du sport. D’autres ont grandi en regardant des matchs avec plus d’attention et en retenant davantage d’informations que les hommes présents dans la pièce qui font cette blague. Cette blague ne laisse aucune place à tout cela. Elle continue, tout simplement, et quelqu’un continue d’en rire poliment.
13. Se faire dire qu'ils sont « intimidants »
Cette remarque est si souvent présentée comme un compliment qu’il est presque difficile de la classer. Mais lorsqu’elle est adressée à une femme sûre d’elle, directe ou simplement compétente, elle sert généralement à justifier pourquoi on la tient à distance. Elle fait porter la responsabilité du problème sur elle plutôt que sur le malaise de celui ou celle qui la prononce.
14. Le fait que leurs réussites soient attribuées à leur apparence physique
Parfois, cela est dit ouvertement, et parfois, cela transparaît simplement dans la manière dont on lui demande comment elle a obtenu un rôle, un emploi ou une place à une table en particulier. Cela sous-entend que ce résultat nécessite une explication différente de celle qui s’applique à tout le monde. Cette remarque est souvent formulée sous forme de compliment, ce qui rend presque impossible d’y répondre sans donner l’impression d’être sur la défensive.
15. « Tu n'es pas comme les autres filles »
Cette remarque se veut le compliment ultime et repose sur le fait que la femme en question admette, au moins implicitement, que les autres femmes sont en quelque sorte inférieures. L’accepter revient à accepter cette prémisse. La rejeter a tendance à déconcerter celui qui l’a prononcée, car il pensait sincèrement faire preuve de gentillesse. En rire est la solution de facilité, et les femmes ont maintes fois emprunté cette voie.
16. Se faire parler comme à un enfant par un médecin
Cela arrive plus souvent qu’il ne le faudrait dans les cabinets médicaux : on simplifie le vocabulaire au-delà du nécessaire ou on balaye les inquiétudes d’un ton qui conviendrait mieux à rassurer un enfant nerveux avant un vaccin contre la grippe. Les femmes rapportent que leurs symptômes sont ignorés ou minimisés à une fréquence bien supérieure à celle de leurs homologues masculins. Ce n’est pas une blague, même si ce malaise est souvent traité comme tel.
17. Qu'on leur demande qui les a aidés pour quelque chose
On exprime rarement ouvertement l’hypothèse selon laquelle une œuvre achevée, une décision commerciale ou une réalisation technique doit nécessairement avoir bénéficié, quelque part, de la collaboration d’un homme. Cela se manifeste sous forme de curiosité, d’intérêt, ou d’une question qui semble innocente jusqu’à ce qu’on prenne le temps d’y réfléchir. La réponse est généralement : « Personne ne m’a aidée ». Mais la question persiste.
18. « Tu devrais prendre ça comme un compliment »
Cette expression sert précisément à remettre en cause la réaction exprimée par quelqu’un face à une situation qui l’a mis mal à l’aise. Elle vous indique que votre propre interprétation de la situation était erronée et qu’on vous fournit désormais le sentiment « correct ». Elle est prononcée avec patience, à la manière d’une correction, et l’on attend de vous que vous vous adaptiez en conséquence et que vous vous sentiez mieux par rapport à ce qui vient de se passer.
19. Se faire traiter de « fous » à cause de leur colère
La colère est une réaction humaine tout à fait normale face à diverses situations. Lorsqu’elle se manifeste chez une femme, elle est souvent qualifiée de manière péjorative : « folle », « dérangée », « instable », « excessive ». Cette qualification fait disparaître de la conversation la cause initiale de la colère, ce qui est souvent le but recherché. En rire est une façon d’éviter cette qualification. Mais ce n’est pas très agréable non plus.
20. L'hypothèse selon laquelle ils assumeront la charge émotionnelle
Organiser la fête, ne pas oublier l’anniversaire, prendre des nouvelles d’une amie qui traverse une période difficile, remarquer ce dont la pièce a besoin avant même que quelqu’un ne le demande. Ces tâches incombent souvent aux femmes sans qu’on en discute, et restent ensuite inaperçues lorsqu’elles sont bien accomplies. Personne n’en fait vraiment une blague, mais il y a une certaine légèreté dans la manière dont ces tâches sont attribuées, une idée reçue si ancrée qu’elle n’a même pas besoin d’être exprimée à voix haute.