10 raisons pour lesquelles « se débrouiller tout seul » est un très mauvais conseil… et 10 cas où cette approche a du mérite
L’expression « se relever par ses propres moyens » est souvent brandie comme une sagesse intemporelle, alors qu’à l’origine, elle décrivait une situation absurde. On ne peut pas se soulever du sol en tirant sur ses propres bottes, et cette expression était à l’origine utilisée comme une plaisanterie sur le fait de tenter précisément cela. Au fil du temps, les Américains en ont inversé le sens et ont transformé cette impossibilité physique en un signe d’honneur pour quiconque prétend avoir réussi par ses propres moyens. Aujourd’hui, on la retrouve dans les discours politiques et les disputes familiales au sujet de l’argent, généralement juste avant que quelqu’un ne se mette sur la défensive. Voici 10 raisons pour lesquelles c’est un très mauvais conseil, et 10 raisons pour lesquelles il pourrait y avoir une part de vérité.
1. Cela ne tient pas compte du niveau de départ des gens
Deux personnes peuvent travailler aussi dur l’une que l’autre et se retrouver dans des situations complètement différentes, simplement parce que l’une a grandi avec un filet de sécurité tandis que l’autre a toujours vécu à un salaire manquant près de la catastrophe. La logique du « bootstrap » prétend que l’effort s’exerce dans le vide, comme si le code postal et les dettes héritées n’avaient aucune incidence sur le résultat. Ce genre de raisonnement transforme la situation de départ en un échec personnel.
2. Tout a commencé par une blague
Cette expression tire son origine d’une illustration satirique représentant un homme essayant de s’élever dans les airs en tirant sur les lanières de ses bottes ; la chute de cette blague résidait dans le fait que cela était physiquement impossible. À un moment donné au cours du XXe siècle, cette blague s’est transformée en un conseil sincère et inspirant. Fonder une philosophie sérieuse sur une simple chute de blague constitue une base étrange pour l’élaboration des politiques publiques.
3. Cela revient à blâmer la personne, et non le système
Quand on avance le simple « il suffit de travailler plus dur » comme explication exhaustive de la pauvreté, on passe commodément sous silence les licenciements et les frais médicaux, qui n’ont rien à voir avec l’effort personnel. Cette logique du « débrouillard » décharge tout le monde de toute responsabilité et fait peser tout le fardeau sur ceux qui sont déjà en difficulté. C’est un moyen pratique d’esquiver les discussions plus difficiles sur les salaires et l’accès aux ressources.
4. Cela part du principe que le travail acharné est toujours récompensé
Beaucoup de gens travaillent d’arrache-pied à des postes qui ne mènent nulle part, non pas parce qu’ils manquent d’ambition, mais parce que certains emplois n’offrent tout simplement aucune perspective, quels que soient les efforts fournis. Ce dicton sous-entend qu’il existe un lien direct entre l’effort et la récompense, mais ce lien n’existe pas pour un très grand nombre de travailleurs. L’effort compte, mais il n’est pas une garantie.
5. Cela décourage de demander de l'aide
Les personnes qui croient fermement à la logique de l’autonomie évitent souvent de suivre une thérapie ou d’avoir une conversation constructive avec un ami, car le fait d’avoir besoin de quelque chose leur donne l’impression d’admettre une faiblesse. Cet isolement peut aggraver une situation déjà difficile au lieu de l’améliorer. Personne ne construit quoi que ce soit de significatif en étant entièrement seul, quoi qu’en dise le mythe.
6. Cela détruit l'esprit communautaire et la chance
Les récits de réussite mettent presque toujours en scène un enseignant qui a remarqué quelque chose ou un ami qui a fait le lien au moment opportun. Le langage « bootstrap » élimine tout cela et attribue le mérite à la seule volonté d’une personne. Cette version de l’histoire est plus épurée, mais elle n’est pas vraie.
7. On s'en sert pour justifier la réduction des aides
Les responsables politiques adorent cette expression, car elle donne l’impression que la réduction drastique des programmes sociaux relève d’une « approche ferme mais bienveillante » plutôt que d’un abandon pur et simple. « Ils n’ont qu’à se prendre en main » est un argument bien plus facile à faire passer que d’admettre qu’un programme fonctionne réellement et de le supprimer malgré tout. Cette expression joue un rôle politique discret qui n’a rien à voir avec le fait d’encourager qui que ce soit.
8. Cela impose une norme impossible à atteindre
Si quelqu’un échoue, la logique du « bootstrap » veut que le problème vienne de ses efforts, et jamais des circonstances. Cela ne laisse aucune place à la malchance ou à la maladie, qui pourraient mettre à terre presque n’importe qui. Les gens finissent par se mesurer à une norme qui était faussée dès le départ.
9. Cela réduit différentes luttes à une seule et même histoire
Un parent seul qui cumule deux emplois et un étudiant qui passe son temps à faire un stage financé par un fonds fiduciaire se voient tous deux servir exactement le même discours d’encouragement du genre « il suffit de travailler dur », comme si leurs situations avaient quoi que ce soit en commun. Cette expression traite toutes les formes de difficultés comme si elles étaient interchangeables. Ce n’est pas le cas, et prétendre le contraire n’aide personne.
10. Cela transforme l'épreuve en trait de caractère
Certaines personnes finissent par se parer de cette expression comme d’une identité, se vantant des difficultés qu’elles ont traversées et jugeant quiconque dont le parcours semble plus facile. Cet état d’esprit peut rapidement se transformer en ressentiment, notamment envers ceux qui ont bénéficié d’un coup de pouce en cours de route. Les difficultés ne constituent pas une vertu en soi ; ce n’est qu’une réalité qui s’est produite.
Voici 10 raisons pour lesquelles elle a toujours sa place.
1. Cela permet de lutter contre l'impuissance acquise
Certaines personnes se dissuadent d’essayer avant même d’avoir commencé, convaincues que rien de ce qu’elles feront n’aura d’importance. Une phrase qui dit « lance-toi quand même » peut aider quelqu’un à sortir de cette spirale, même si elle simplifie à l’extrême les chances de réussite. L’important n’est pas tant d’avoir raison que d’amener quelqu’un à faire le premier pas, et parfois, c’est exactement ce dont une personne a besoin.
2. Cela récompense les petits efforts réguliers
Personne ne transforme sa vie d’un seul coup ; cela se fait par une répétition sans éclat, en continuant à se rendre au même service ou à la même séance de sport alors que rien ne semble encore changer. Cette expression rend bien compte de ce travail de fond, même si elle fait abstraction du contexte qui l’entoure. La persévérance a tout de même son importance.
3. Cela développe une forme d'obstination utile
Les personnes qui ont adopté cet état d’esprit d’autonomie ont tendance à persévérer après un revers plutôt que de baisser les bras immédiatement. Cette ténacité peut leur permettre de surmonter une mauvaise année ou une reprise difficile. Ce n’est pas une stratégie à part entière, mais c’est un instinct de survie tout à fait valable.
4. Cela rappelle aux gens qu'ils ont une certaine capacité d'action
Même dans des situations véritablement injustes, il reste généralement quelques options possibles, et cette expression met l’accent sur celles-ci plutôt que sur une capitulation totale. Se concentrer sur ce que l’on peut contrôler, même si ce n’est qu’une petite partie, peut empêcher quelqu’un de sombrer dans une passivité totale. C’est là une application concrète et utile de ce concept.
5. Cela permet de mettre fin à l'apitoiement excessif sur soi-même
Il arrive parfois qu’une personne soit véritablement prise dans un cercle vicieux où elle rejette la faute sur tout le monde sauf sur elle-même, alors qu’elle a les moyens de changer la situation. Un rappel sans détour indiquant qu’il est encore possible d’agir, aussi direct que puisse être le message, peut justement être ce qu’il faut pour briser ce cercle vicieux.
6. Cela motive même en l'absence de soutien extérieur
Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un mentor ou de bénéficier d’un coup de pouce du destin, et pour ces personnes-là, l’idée qu’elles peuvent malgré tout aller de l’avant à leur manière n’est pas naïve, elle est nécessaire. Cette phrase donne corps à cette détermination, même lorsque les chances sont véritablement contre elles.
7. Cela a permis de créer de véritables entreprises et de lancer des carrières
De nombreux fondateurs et employés ont bel et bien gravi les échelons en partant de rien, grâce à des années d’efforts sans relâche que personne d’autre n’aurait pu accomplir à leur place. Leurs histoires ne reflètent pas à elles seules tous les aspects de la réussite, mais elles ne sont pas non plus des mensonges. Certaines personnes ont véritablement réussi à s’en sortir par leurs propres moyens.
8. Cela permet de se « remettre les idées en place » à court terme
Au cœur d’une semaine difficile, « il suffit de tenir le coup aujourd’hui » fait office d’une version plus concise et plus utile de cette expression, une phrase à se répéter quand la vision d’ensemble ne sert à rien. Personne n’a besoin d’une philosophie pour survivre à un mauvais mardi, juste d’une raison de continuer à avancer.
9. Cela favorise la prise en charge des résultats
Attendre que quelqu’un d’autre règle un problème ne donne que rarement de bons résultats, et il y a du bon à décider d’agir plutôt que de tergiverser en attendant une autorisation ou de l’aide. Dans le meilleur des cas, cette phrase incite les gens à faire eux-mêmes ce premier pas.
10. C'est quand même en partie vrai
L’effort compte vraiment, même s’il ne fait pas tout, et cette expression perdure parce qu’elle rend compte d’un aspect réel du processus de changement, au même titre que la chance et les circonstances. L’effort compte toujours. L’erreur serait de croire qu’il fait tout.